La Bête

Longueur/largeur int : 408/444 cm
Hauteur int max : 260 cm
Hauteur int min : 134 cm
Altitude : 365 m
Surface : 12,50 m2
Matériaux utilisés : pierre et bois
Techniques de construction remarquables : bois cordé, tavaillon, pierre sèche et torchis

Tapi à l’ombre d’un vieux chêne à la lisière d’une forêt, face à un pâturage, cet abrume a tout d’un animal sauvage aux aguets. La Bête paraît parfaitement à sa place dans cet environnement sauvage. Couverte de tâches et d’irrégularités, toute en courbes, cette cabane sauvage s’est adaptée au terrain. Elle se fond dans ce qui l’entoure, tout en évoquant le mouvement.

La Bête — illustration 1

L’ENVELOPPE DE LA BÊTE : UN BIOMIMÉTISME ARCHITECTURAL

Cet abrume oscille entre architecture et créature sauvage. En suivant le sentier, on l’aborde par l’arrière. De ce côté-ci, il paraît beaucoup plus petit qu’il est en réalité. Le site étant en pente, il a fallu creuser pour l’asseoir dans son environnement, si bien qu’il est partiellement enterré. Seuls le toit et le conduit du poêle dépassent du niveau du sol. À l’inverse, l’avant, tourné face à la lisière de la forêt, se dévoile dans son intégralité.

Des tavaillons coiffent cet animal architectural d’une chevelure boisée résonnant avec les feuilles qui tapissent le sol de la forêt. Le côté bestial de cet abri est accentué par la présence d’une enveloppe en bois cordé : les sections irrégulières des bûches dépassant du torchis évoquent un pelage tacheté. Véritable composition architecturale, la Bête incarne en quelque sorte la synthèse de son contexte naturel.

Les matériaux employés pour sa construction ne sont pas seulement vertueux parce qu’ils ont été trouvés sur le site où ils s’intègrent de manière harmonieuse : ils possèdent de réelles qualités architecturales.

Le soubassement en pierre lui offre une base solide et durable. Les interstices lui permettent de respirer dans ce milieu particulièrement humide. Le mur en bois cordé possède également des propriétés respiratoires. Enfin, les tavaillons qui couvrent l’abrume remplissent une fonction à la fois esthétique et isolante.

Pierre sèche, bois cordé et tavaillon : trois techniques traditionnelles parfaitement adaptées à l’endroit et à un chantier de construction en circuit court respectueux de l’environnement, même si seul le tavaillon était historiquement bien implanté dans l’est de la France.

UNE RÉFLEXION CYCLIQUE DES USAGES

Comme dans l’Antique, bien que d’une tout autre manière, le foyer circulaire sert de tracé régulateur à l’intérieur de cet abrume. Tel un cadran d’horloge, l’espace est compartimenté en quatre portions, ou zones, correspondant chacune à un usage. Dans une moindre mesure, cette organisation reprend les codes de la maison individuelle.

Un premier espace, où de gros clous sont accrochés au mur en guise de portemanteaux, sert d’entrée. Sur la droite, une estrade et une mezzanine en bois forment un lit superposé, où les tapis de sol et les sacs de couchage sont installés pour la nuit. Derrière la mezzanine, on trouve l’âtre de l’abrume, avec un poêle en fonte, qui n’est pas placé ici au centre de la pièce : grâce à la bonne inertie thermique du mur en bois cordé, il a pu être décalé à la périphérie de l’espace. Le tour se termine par la salle à manger dotée d’une large fenêtre ouvrant sur le paysage. Des lattes de bois sont posées sur les soubassements en pierre pour former un banc en U autour d’une petite table centrale. C’est dans cette alcôve que les randonneurs et les randonneuses préparent à manger, discutent de leur programme autour de cartes dépliées, dînent ou simplement s’installent pour contempler la lisière de la forêt.

De par cet ordonnancement circulaire des espaces et des usages, peu commun dans les abrumes, la Bête est un abri très singulier. Dans cet ensemble entièrement pensé suivant le parcours et la déambulation des personnes qui l’occupent, le foyer n’est plus au centre de l’abrume. Mais la circularité demeure.

LE CIRCULAIRE, DE LA FORME AU CHANTIER

Cet abrume fait partie d’une série de cabanes construites par une association locale de sensibilisation à l'environnement. Ses objectifs : changer et améliorer les liens de la population avec le territoire, et lutter contre l’altération, voire la disparition des interactions avec la nature. Poétique, universelle et intergénérationnelle, la cabane est un archétype architectural qui parle à tout le monde. En impliquant des jeunes de la région, le choix du chantier participatif a également été un moyen de créer du lien social. Les travaux, répartis sur quelques semaines, ont été encadrés par un architecte autodidacte et par un animateur chargé d'organiser la vie sur le chantier, les activités et les repas.

Les contraintes propres au chantier de la Bête, construite loin des routes en impliquant des jeunes volontaires, a initié une réflexion sur les circuits courts appliqués à l’approvisionnement des ressources, aux outils et aux techniques d’assemblage. La dimension cyclique a été présente à toutes les étapes du projet, de la conception à la réalisation. L’idée était de favoriser des matériaux facilement transportables et disponibles à proximité du site. Une scierie voisine a mis à disposition des chutes de bois qui ont pu être employées pour la réalisation de la structure, des murs et de la couverture. Les outils ont été réduits au strict minimum. L’emplacement de la Bête, sur un terrain en pente, a nécessité un terrassement pour lequel seuls ont été utilisées des pelles et des pioches. Pour le soubassement en pierre sèche, les bâtisseurs et bâtisseuses se sont servis de leurs seules mains.

Le chantier de la Bête a été un projet local, fait pour et avec la population, en associant matière brute et matière grise. En s’appuyant sur les ressources humaines et matérielles du territoire, ce circuit vertueux nous invite à poser un nouveau regard sur notre environnement et ses richesses. Aujourd’hui seule et silencieuse, la Bête accueille les personnes de passage sans même se vanter d’être le fruit d’un fabuleux projet humain, écologique et social.

La Bête — illustration 2
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